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La Biennale Dak’Art abrite une table ronde sur le financement des industries culturelles et créatives en Afrique de l’Ouest

C’est dans le cadre de l’emblématique monument de la Renaissance Africaine surplombant Dakar que s’est tenue le 23 mai dernier une table ronde réunissant de nombreux acteurs culturels de la sous-région ouest-africaine. Cette table-ronde intitulée « Quels mécanismes innovants et créatifs pour la résilience et le financement des industries culturelles et créatives en Afrique de l’Ouest ? », était organisée par le Fonds africain pour la culture et le projet AWA du Programme ACP-UE Culture, en partenariat avec la Biennale de l’Art africain contemporain – Dak’Art

C’est Monsieur Abdou Aziz Dieng, conseiller technique et l’un des piliers du Ministère de la Culture du Sénégal (représentant la Secrétaire Générale de la Biennale Dak’Art empêchée), qui a ouvert le débat en insistant sur le fait que, au-delà des préoccupations esthétiques, on parle encore trop peu de l’économie de la culture. Or, le secteur des industries créatives est un secteur productif qui génère à la fois des bénéfices et de l’emploi durable. En effet, comme l’a justement souligné l’une des participantes venue de France, le retour sur investissement peut parfois atteindre un ratio de un à sept lorsque le secteur créatif est bien structuré et organisé de manière optimale.

Une nouvelle approche décentralisée de la gestion des fonds du programme ACP-UE Culture permet d’agir au plus près des acteurs, par région. Pour l’Afrique de l’Ouest, c’est un consortium composé du Centre culturel Kôrè à Ségou (Malie) et de l’Institut français de Paris qui met en œuvre le programme AWA, le processus de sélection et la gestion des fonds.

Destiné à accompagner les acteurs sur les marchés local, sous régional et international, AWA met l’accent sur le renforcement des capacités puisque chaque bénéficiaire reçoit également une formation spécifique en gestion.

En moins de deux ans d’existence, le projet AWA a déjà lancé trois appels à projets qui ont abouti à la sélection de 77 projets pour un engagement financier total de € 3.800.000. Le premier appel concernait le fonds de structuration qui a permis de financer 15 projets, chacun doté d’une subvention de €150.000 sur trois ans. Les deux appels à projet suivants portent sur le fonds de valorisation des cultures de l’Afrique de l’Ouest qui a sélectionné 62 projets au total. Chaque projet retenu bénéficie d’une subvention de €25.000 pour une durée d’un an.

Le point focal culture de la Délégation de l‘Union européenne au Sénégal, M. Christoph Pelzer, a salué la régularité des appels à propositions du mécanisme AWA et les tailles des subventions octroyées qui correspondent parfaitement aux besoins des secteurs concernés.

La question vitale de la mobilisation et de la pérennisation des fonds dédiés à la croissance des industries culturelles et créatives était au cœur des débats. Et cela commence par la mobilisation de ressources dédiées au niveau national.

L’exemple du Burkina Faso – qui dispose du Fonds de développement culturel et touristique (FDCT) – est un grand pas dans la bonne direction. Comme l’a souligné avec beaucoup de verve son directeur général Alphonse Tougouma, le FDCT s’articule sur trois axes : le financement, le renforcement des capacités et la mise en place d’un système d’information performant sur les industries culturelles qui permet d’attirer des ressources provenant d’autres secteurs de l’économie.

Le programme AWA accompagne également les états à développer une politique culturelle plus volontaire et mieux articulée afin de générer des sources de financement endogènes et pérennes. Plusieurs mécanismes de financement locaux sont aujourd’hui à l’étude et, parmi ceux-ci, l’exonération fiscale pour les acteurs créatifs constitue un moyen de pouvoir consolider ce secteur économique prometteur.

Le doyen Abdoulaye Konaté, artiste de grand talent et également administrateur du Fonds Culturel Africain a lancé un appel aux donations d’œuvres d’artistes confirmés pour diversifier les sources de financement avec ce type de mécanisme innovant de financement par les pairs. Ces créateurs chevronnés s’investissent aussi souvent dans la formation des jeunes générations. Monsieur Konaté a également encouragé les pays à se doter de stratégies pour mobiliser les investissements du secteur privé et créer les conditions d’un mécénat culturel sur le plan national.

Pour Madame Ndèye Khoudia Diagne, Directrice des arts auprès du Ministère de la culture et de la communication du Sénégal, il s’agit également, pour faire face à la relative rareté des ressources nationales investies dans les industries créatives, de rationaliser les investissements et de les optimiser. Elle plaide également pour une diversification des mécanismes de financement pour ne pas se limiter aux subventions qui peuvent parfois créer plus de dépendance que l’autonomie recherchée pour que les créateurs puissent désormais vivre durablement de leur art.

Bernard VERSCHUEREN à Dakar

 

 

© Photo: Bernard Verschueren

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